Satire contre l’Académie

By Alfred de Musset

Written 1857-01-01 - 1857-01-01

Hier s’ouvrit avec bienséance

La séance,

Qui fit l’auteur du Chandelier

Chancelier.

Debout ruisselait comme un fleuve

Sainte-Beuve ;

Dans un angle le beau Mignet

Se peignait,

Dupin aîné, tribun honnête,

Sans sonnette,

Rêvait de ses chers montagnards

Si criards.

On entendait, voix de crécelle,

Docte et grêle,

Comme un vieux coq dans un jardin

Girardin !

Grand Romain en habit de ville,

Pongerville

Semblait être à la fois César

Et Nisard.

Briffaut avait des soins de père

Pour Ampère,

Et roucoulait comme un ramier :

« Récamier ! »

Baour, sourd de ses vers qu’il beugle

En aveugle,

Allait chantant d’un ton sciant

Ossian.

Viennet disait d’un air affable

Une fable ;

On le trouvait bête, et Tissot

Semblait sot.

Cousin cherchait d’un air tragique

Sa logique,

Et tonnait, dévot éloquent,

Contre Kant.

Un autre narrait la surprise

D’Héloïse,

il fallait bien qu’il s’amusât

Rémusat !

Mais soudain en trembla d’emblée

L’assemblée,

De par Bacchus ! c’était Musset

Qui disait :

« Crois-tu qu’on lise pour des prunes

A des brunes

Ton long poème peu commun,

Cher Lebrun ?

Sois tranquille, la chaste muse

Qui t’amuse,

Ne deviendrait jamais catin

Chez Patin. »

Nous montrant à la fois Narcisse

Et Jocrisse,

Parleras-tu chaque jeudi,

Salvandy ?

Quand tu reçus ta grosse épouse

Peu jalouse,

Tu ne gagnas pas le gros lot,

Ancelot.

Ajoutant à la platitude

L’attitude,

Tomberas-tu de mal en pis,

Cher Empis ?

Ne feras-tu donc rien qui vaille

O Noailles.

Depuis que j’ai lu Maintenon,

Je dis non.

Sur ton dos, Riquet à la Houppe,

Quelle loupe

Tu ne suis pais ton droit chemin,

Villemain.

Dans tes culottes sans bretelles,

Lacretelle,

Dis-moi, prolixe historien,

N’est-il rien ?

Tu te crois donc, gendre de Dosne,

Long d’une aune ?

D’un homme tu n’es pas le tiers,

Petit Thiers !

De peur de devenir enceinte,

Quand ta sainte

Se gare au lit — de son époux —

Non, des poux,

Dans cette légende érotique

Et biblique,

Tu te montres, Montalembert,

Un peu vert.

Pédant entre tous les quarante,

O Barante,

J’ai ton froid récit bourguignon

En guignon.

Au loin va te faire lanlaire

Saint-Aulaire,

Et redeviens ambassadeur

Par pudeur !

Pasquier, chez madame de Boigne,

Qui te soigne,

Console-toi, près d’un bon feu,

D’être feu.

Aux vieux chats de l’ancienne Chambre

En décembre,

Vieux rat, tu fus donc immolé,

O Molé !

Guizot, d’une autre dynastie

Piètre hostie,

Flattant Berryer, tu prends pour saint

Henri Cinq.

Flourens, dans ton Jardin des Plantes

Tu t’implantes,

Pour garder ta longévité

En santé.

Scribe, vrai scribe, par douzaines

Faire des Chaînes,

Bâcle des Bertrand et Raton,

Marmiton !

Lorsque ta verve est comprimée,

Mérimée,

Bayle te sert à nier Dieu,

Palsambleu !

Nous trouvant un peuple servile,

Tocqueville

Aux radotages de Franklin

Est enclin.

Sage et mou, dans sa pâle prose,

Fade et rose,

J’ai deviné ce que Vitet

Évitait.

Vigny, berger de sa montagne,

Accompagne,

Soufflant dans ses plus doux pipeaux,

Ses troupeaux.

Hugo, dans sa verve énergique,

En Belgique,

Nous a lancé comme un soufflet

Son pamphlet.

Chaque jour leur chantant matines,

Lamartine

Rappelle à ses chers souscripteurs

Ses malheurs.