Satire contre l’Académie
Written 1857-01-01 - 1857-01-01
Hier s’ouvrit avec bienséance
La séance,
Qui fit l’auteur du Chandelier
Chancelier.
Debout ruisselait comme un fleuve
Sainte-Beuve ;
Dans un angle le beau Mignet
Se peignait,
Dupin aîné, tribun honnête,
Sans sonnette,
Rêvait de ses chers montagnards
Si criards.
On entendait, voix de crécelle,
Docte et grêle,
Comme un vieux coq dans un jardin
Girardin !
Grand Romain en habit de ville,
Pongerville
Semblait être à la fois César
Et Nisard.
Briffaut avait des soins de père
Pour Ampère,
Et roucoulait comme un ramier :
« Récamier ! »
Baour, sourd de ses vers qu’il beugle
En aveugle,
Allait chantant d’un ton sciant
Ossian.
Viennet disait d’un air affable
Une fable ;
On le trouvait bête, et Tissot
Semblait sot.
Cousin cherchait d’un air tragique
Sa logique,
Et tonnait, dévot éloquent,
Contre Kant.
Un autre narrait la surprise
D’Héloïse,
il fallait bien qu’il s’amusât
Rémusat !
Mais soudain en trembla d’emblée
L’assemblée,
De par Bacchus ! c’était Musset
Qui disait :
« Crois-tu qu’on lise pour des prunes
A des brunes
Ton long poème peu commun,
Cher Lebrun ?
Sois tranquille, la chaste muse
Qui t’amuse,
Ne deviendrait jamais catin
Chez Patin. »
Nous montrant à la fois Narcisse
Et Jocrisse,
Parleras-tu chaque jeudi,
Salvandy ?
Quand tu reçus ta grosse épouse
Peu jalouse,
Tu ne gagnas pas le gros lot,
Ancelot.
Ajoutant à la platitude
L’attitude,
Tomberas-tu de mal en pis,
Cher Empis ?
Ne feras-tu donc rien qui vaille
O Noailles.
Depuis que j’ai lu Maintenon,
Je dis non.
Sur ton dos, Riquet à la Houppe,
Quelle loupe
Tu ne suis pais ton droit chemin,
Villemain.
Dans tes culottes sans bretelles,
Lacretelle,
Dis-moi, prolixe historien,
N’est-il rien ?
Tu te crois donc, gendre de Dosne,
Long d’une aune ?
D’un homme tu n’es pas le tiers,
Petit Thiers !
De peur de devenir enceinte,
Quand ta sainte
Se gare au lit — de son époux —
Non, des poux,
Dans cette légende érotique
Et biblique,
Tu te montres, Montalembert,
Un peu vert.
Pédant entre tous les quarante,
O Barante,
J’ai ton froid récit bourguignon
En guignon.
Au loin va te faire lanlaire
Saint-Aulaire,
Et redeviens ambassadeur
Par pudeur !
Pasquier, chez madame de Boigne,
Qui te soigne,
Console-toi, près d’un bon feu,
D’être feu.
Aux vieux chats de l’ancienne Chambre
En décembre,
Vieux rat, tu fus donc immolé,
O Molé !
Guizot, d’une autre dynastie
Piètre hostie,
Flattant Berryer, tu prends pour saint
Henri Cinq.
Flourens, dans ton Jardin des Plantes
Tu t’implantes,
Pour garder ta longévité
En santé.
Scribe, vrai scribe, par douzaines
Faire des Chaînes,
Bâcle des Bertrand et Raton,
Marmiton !
Lorsque ta verve est comprimée,
Mérimée,
Bayle te sert à nier Dieu,
Palsambleu !
Nous trouvant un peuple servile,
Tocqueville
Aux radotages de Franklin
Est enclin.
Sage et mou, dans sa pâle prose,
Fade et rose,
J’ai deviné ce que Vitet
Évitait.
Vigny, berger de sa montagne,
Accompagne,
Soufflant dans ses plus doux pipeaux,
Ses troupeaux.
Hugo, dans sa verve énergique,
En Belgique,
Nous a lancé comme un soufflet
Son pamphlet.
Chaque jour leur chantant matines,
Lamartine
Rappelle à ses chers souscripteurs
Ses malheurs.