Saut d’obstacle

By Jean Lorrain

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

Le marquis est navré : c’est une fausse couche.

Coiffée en jeune gars et svelte en long peignoir,

La petite marquise au fond de son boudoir

Reçoit ses visiteurs, le sourire à la bouche.

« Allons, ne pleurez pas… Est-ce que ça me touche ?

Dit-elle, toute drôle, au duc de Bonvouloir,

Qui, datant du roi Louis, croit être au désespoir,

« Pour un enfant lavé, vous voilà bien farouche !

« Il m’embêtait assez ce môme à mettre au jour,

« Puis les enfants, cher duc, c’est la mort de l’amour.

« Enfanter et nourrir, c’est écœurant, parole.

« Eut-on jamais l’idée à vingt ans d’accoucher ?

« Aussi j’ai travaillé rageusement, en folle

« Cheval et sauts d’obstacle… et je l’ai … décroché. »