Sensations

By Maurice Étienne Legrand

Written 1894-01-01 - 1894-01-01

Très douce et très mélancolique, la Négresse,

Fredonnant quelque lascive bamboula, déroule ses tresses.

Do, ré, mi, do,

Pianos, pianos.

Mes sœurs, mes sœurs, allumons les bougies,

Nous allons commencer l'orgie.

— Holà, ho ! piquante soubrette,

Ne nous apporteras-tu pas quelque menthe verte ?

C'est vraiment un très beau coup d'œil,

Tous ces divans, tous ces fauteuils,

Et de tous les côtés des glaces,

De dos, de trois quarts et de face ;

Et ces peintures, badines plutôt,

Où se complut le pinceau de quelque Bouguereau.

Très douce et très mélancolique, la Négresse,

Fredonnant quelque lascive bamboula, déroule ses tresses.

Certes, ce sont des raffinements, des luxes,

Que ne soupçonnèrent jamais les peuples étrusques ;

Et pourtant, quand on réfléchit bien,

On trouve que les peuples étrusques n'y perdaient rien.

Ces populations primitives

Avaient le cœur naïf, avaient l'âme naïve ;

Dans les maisons de prostitution,

C'est l'AMOUR que nous prostituons —

(Probablement.) —

Très douce et très mélancolique, la Négresse

Fredonnant quelque lascive bamboula, déroule ses tresses.