Séparation-isolement
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Que j'aurai donc de choses à te dire,
Ma bien aimée, au jour, oh ! quel qu'il soit
Pour la patrie, ou moins mauvais ou pire,
Au jour où là, dans ce petit endroit,
Notre foyer, qui, depuis deux mois vide,
S'étonne, lui qu'on voyait toujours clair,
O mon étoile ! ô mon ciel ! mon Égide !
Je te verrai reparaître et parler !…
Je te dirai : J'étais là seul et triste,
Et j'écoutais… la pendule qui bat,
Et bat, et bat, sèche et morne choriste…
L'huile qui brûle… un grouillement de rat…,
Mon souffle… un meuble au craquement sonore…
La dent d'un ver qui ronge un vieux bois, là…
J'écoutais tout… et… j'écoutais encore…
Car il manquait un bruit à tout cela…
Je te dirai : J'étais là… seul, si triste !…
Je regardais… Portes, meubles et murs,
Plus que le mien, jamais œil d'archiviste
N'avait pesé sur eux… Muets, obscurs,
Ils avaient l'air bêtes à ne pas croire…
Et toujours plus je cherchais çà et là…
Et mon regard plongeait dans l'ombre noire…,
Car il manquait son âme à tout cela.
Et puis mon cœur, du fond de son alcôve,
Effaré, blême, arrivait à son tour
A sa fenêtre, ainsi qu'un oiseau fauve,
Qui scrute l'ombre, et, dans son noir séjour
N'entendant rien, jette à l'espace louche
Un cri plaintif dont geint l'écho du lieu.
Il venait mettre un soupir à ma bouche :
« O ma Marie, où donc es-tu ? Mon Dieu ! »
Quand reviendront nos douces causeries
Du soir ? Babil d'enfant
Que j'aime tant,
Et que mes oreilles ravies
Voudraient ouïr et jours et nuits,…
Mais surtout du soir à l'aurore !…
Je m'endors en disant : « Et puis… »
Je m'éveille en disant : « Encore. »
Cause, cause, oiseau du taillis…
De ton plus beau ramage,
Des sons les plus discrets, de ton bec rejaillis,
Remplis l'ombre du bocage.
Ah ! je t'écoute avec tant de plaisir !
Ne finis pas. — Et toi, ma voix ailée,
Comme l'oiseau, cause pour me ravir.
Ta voix aussi charmerait la vallée !…