Séparation
Written 1891-01-01 - 1891-01-01
Dans son jardin bleui par le soir, les fleurs tristes,
Malades, énervaient de leurs parfums nos sens ;
Au ciel pâle mouraient des lueurs d'améthystes,
Et nous marchions pensifs, muets et languissants.
Les rumeurs avaient fui des fêtes, des misères,
Du fracas dont le Monde illusoire est empli.
L'ivresse était si forte en nos âmes sincères
Qu'elle en désaltérait presque la soif d'oubli.
Nous marchions côte à côte, avec les mains unies,
En un brûlant éclair croisant parfois nos yeux.
L'inconnu fascinant large ouvert sur nos vies
Donnait une saveur poignante à nos adieux…
Et dans nos seins émus quelle douce tempête
Lorsque, venant sa bouche à mes lèvres offrir,
Soupirante, elle dit, en renversant la tête :
« Oh ! pourquoi les baisers ne font-ils pas mourir ? »