Sérénade

By Charles Le Goffic

Written 1914-01-01 - 1914-01-01

Allez, mes vers, de branche en branche,

Vers la dame des Trawiéro,

Qu’on reconnaît à sa main blanche

Comme la moelle du sureau.

Elle est assise à sa croisée,

Devant la digue des Étangs :

Vous lui porterez ma pensée

Sur vos ailes couleur du temps.

Comme le soir vous favorise

Et que, dans le genêt touffu,

Pour épier votre entreprise,

Aucun barbon n’est à l’affût,

Elle vous répondra peut-être

Et se taira peut-être aussi.

Frappez toujours à sa fenêtre,

Mes vers, et n’en prenez souci.

Les Lycidas et les Silvandres

Vous le diront, ô soupçonneux :

Il est des silences si tendres

Qu’on voudrait se blottir en eux

Et là, sans un mot, sans un geste,

Près d’un sein qui bat dans la nuit,

Goûter l’enchantement céleste

De mourir à tout autre bruit