Sextine ii.

By Ferdinand Gramont

Written 1872-01-01 - 1872-01-01

L'étang qui s'éclaircit au milieu des feuillages,

La mare avec ses joncs rubanant au soleil,

Ses flottilles de fleurs, ses insectes volages.

Me charment. Longuement au creux de leurs rivages

J'erre, et, les yeux remplis d'un mirage vermeil,

J'écoute l'eau qui rêve en son tiède sommeil.

Moi-même j'ai mon rêve et mon demi-sommeil.

De fêriques sentiers s'ouvrent sous les feuillages

Les uns, en se hâtant vers le coteau vermeil.

Ondulent transpercés d'un rayon de soleil ;

Les autres indécis, contournant les rivages,

Foisonnent d'ombre bleue et de lueurs volages.

Tous se peuplent pour moi de figures volages

Qu'à mon chevet parfois évoque le sommeil.

Mais qui bien mieux encor sur ces vagues rivages

Reviennent, souriant aux mailles des feuillages :

Fantômes lumineux, songes du plein soleil,

Visions qui font l'air comme au matin vermeil.

C'est l'Ondine sur l'eau montrant son front vermeil

Un instant ; c'est l'éclair des Sylphides volages

D'un sillage argentin rayant l'or du soleil ;

C'est la Muse ondoyant comme au sein du sommeil

Et qui dit : « Me voici ! » c'est parmi les feuillages

Quelque blancheur de fée… O gracieux rivages,

En vain j'irais chercher de plus nobles rivages :

Pactole aux sables d'or, Bosphore au flot vermeil,

Aganippe, Permesse aux éloquents feuillages,

Pénée avec ses fleurs, Hèbre et ses chœurs volages,

Éridan mugissant, Mincie au frais sommeil.

Et Tibre que couronne un éternel soleil ;

Non, tous ces bords fameux n'auraient point ce soleil

Que me rend votre aspect, anonymes rivages !

Du présent nébuleux animant le sommeil,

Il y fait refleurir le souvenir vermeil

Et sonner du printemps tous les échos volages

Dans les rameaux jaunis non moins qu'aux verts feuillages.

Doux feuillages, adieu. Vainement du soleil

Les volages clartés auront fui ces rivages.

Ce jour vermeil luira jusque dans mon sommeil.