Sextine iv.

By Ferdinand Gramont

Written 1872-01-01 - 1872-01-01

Dans une mer lointaine, au pays des Génies

Est un golfe interdit au vulgaire travail.

Rien n'y trouble du ciel les chastes harmonies,

Et de ces flots heureux les tempêtes bannies

En laissent aux zéphyrs le transparent émail,

Où le naphte s'épanche, où fleurit le corail.

Là, parmi les courants et les bancs du corail,

Non loin des bords s'étale une île où les Génies

Ont bâti leur villa : dômes, kiosques d'émail,

Piliers, balcons à jour, capricieux travail,

Qu'ils cachent au regard des peuplades bannies.

Heureux encor qui peut ouïr leurs harmonies !

Mais, malheur à celui qui, de ces harmonies

Ayant senti l'attrait, aux festons du corail

Amuse trop ses yeux, car ses rames bannies.

Que d'un souffle jaloux repoussent les Génies,

S'arrêteront soudain, et l'impuissant travail

De ces ondes à peine aura rayé l'émail.

Parfois , quand le soleil frappe en plein sur l'émail

Des feuillages touffus et peuplés d'harmonies

Qui bordent cet asile, aux nageurs en travail

Une embrasure d'or fait voir que ce corail,

Si riche et si fleuri, du trésor des Génies

N'est rien que le rebut, les parcelles bannies.

Pauvres nefs qui du port êtes aussi bannies.

Regagnez le rivage. Un moins splendide émail

Y revêt les jardins ; mais de moins fiers Génies

Les gardent. Sur la terre il est des harmonies.

Il est des fruits de miel et des fleurs de corail

Dont la conquête encor vaut des jours de travail.

Un soir, sur les flots verts qu'a vaincus son travail,

Un chevalier, vêtu d'armes d'd'où sont bannies

Toutes vaines couleurs, arrive ; du corail

Il franchit les brisants ; le soleil, sur l'émail

De son blason, flamboie et l'île d'harmonies

Redouble : il touche enfin au palais des Génies.

Leur Reine, lui tendant sa bouche de corail,

Dans ce séjour d'où sont toutes peines bannies,

A de ses jeunes ans couronné le travail.