Sextine ix.
Written 1872-01-01 - 1872-01-01
Le voici venu, l'âpre et froid hiver !
Son char cahotant, qu'entoure une escorte
De corbeaux hagards, fait gémir l'éther.
Il est, Vérité, ton ministre amer.
Il disperse, au vent sombre qu'il apporte.
Des illusions la frêle cohorte.
Avec elle ont fui, jumelle cohorte,
Ces oiseaux chanteurs qu'effare l'hiver.
Ramiers, rossignols qu'avril nous apporte
Et que l'espérance avait pour escorte.
Silence à leurs voix sous ce ciel amer !
Une plainte obscure envahit l'éther.
Cherche, ô Poésie, un plus pur éther ;
Élève ton vol, laisse la cohorte
De ces printaniers au regret amer,
A l'effroi de voir triompher l'hiver.
Je ne t'avais pas gardé leur escorte
Jusqu'à ces leçons que le temps m'apporte.
Même aux Jours riants, leur essaim n'apporte
A qui veut atteindre au sublime éther
Qu'un douteux secours, qu'une vaine escorte.
Bien mieux qu'une si volage cohorte
Le délaissement d'un précoce hiver
Aide pour tenter ce voyage amer.
Ah ! certe, on a droit de le dire amer.
Redoutable effort ! parfois il apporte.
Franchissant l'espace où se meut l'hiver.
Un éclat superbe au sein de l'éther ;
Mais souvent quelle ombre et quelle cohorte
De noirs grondements jusqu'au bout l'escorte !
Pire que l'outrage et que toute escorte
Cruelle ou moqueuse est le doute amer.
Vox in deserto ! cri que la cohorte
De ses pensers même au lutteur apporte
Et qui des hauteurs du céleste éther
Le rejette en proie au terrestre hiver !
Plus d'hiver ! avec sa lugubre escorte
L'éther qui l'éxile au néant amer
Apporte au triomphe une autre cohorte.