Sextine ix.

By Ferdinand Gramont

Written 1872-01-01 - 1872-01-01

Le voici venu, l'âpre et froid hiver !

Son char cahotant, qu'entoure une escorte

De corbeaux hagards, fait gémir l'éther.

Il est, Vérité, ton ministre amer.

Il disperse, au vent sombre qu'il apporte.

Des illusions la frêle cohorte.

Avec elle ont fui, jumelle cohorte,

Ces oiseaux chanteurs qu'effare l'hiver.

Ramiers, rossignols qu'avril nous apporte

Et que l'espérance avait pour escorte.

Silence à leurs voix sous ce ciel amer !

Une plainte obscure envahit l'éther.

Cherche, ô Poésie, un plus pur éther ;

Élève ton vol, laisse la cohorte

De ces printaniers au regret amer,

A l'effroi de voir triompher l'hiver.

Je ne t'avais pas gardé leur escorte

Jusqu'à ces leçons que le temps m'apporte.

Même aux Jours riants, leur essaim n'apporte

A qui veut atteindre au sublime éther

Qu'un douteux secours, qu'une vaine escorte.

Bien mieux qu'une si volage cohorte

Le délaissement d'un précoce hiver

Aide pour tenter ce voyage amer.

Ah ! certe, on a droit de le dire amer.

Redoutable effort ! parfois il apporte.

Franchissant l'espace où se meut l'hiver.

Un éclat superbe au sein de l'éther ;

Mais souvent quelle ombre et quelle cohorte

De noirs grondements jusqu'au bout l'escorte !

Pire que l'outrage et que toute escorte

Cruelle ou moqueuse est le doute amer.

Vox in deserto ! cri que la cohorte

De ses pensers même au lutteur apporte

Et qui des hauteurs du céleste éther

Le rejette en proie au terrestre hiver !

Plus d'hiver ! avec sa lugubre escorte

L'éther qui l'éxile au néant amer

Apporte au triomphe une autre cohorte.