Sextine vi

By Ferdinand Gramont

Written 1872-01-01 - 1872-01-01

Quand le désir de l'homme, isolé sur la terre,

Des fragiles amours a broyé le trésor,

Avant l'heure où l'espoir dans notre âme s'altère,

O solitude, il faut, sur ta montagne austère,

Voyageur idéal, qu'il tourne son essor,

Et pour monter plus haut qu'il se prépare encor.

Des circuits inféconds son aile lasse encor

Lui pèse ; mais à peine a disparu la terre.

Le phénix immortel retrouve son essor.

De myrrhe et d'aloès il s'est fait un trésor.

Il dresse son bûcher sous le regard austère

D'un soleil que jamais le nuage n'altère.

Le prodige n'a pas de témoin qui l'altère.

La flamme vient du ciel ; la brise en vient encor ;

La victime y retourne. En cette épreuve austère

Elle va dépouiller l'empreinte de la terre.

Désormais elle sait où chercher son trésor

Et quel souffle puissant soutiendra son essor.

Ainsi doit s'accomplir l'orbe de votre essor,

O vous qui, pour combler l'ardeur qui vous altère

D'un éternel amour réclamez le trésor.

Dans le gouffre pourquoi vous replonger encor ?

Aux futiles moissons que vous promet la terre

Pourriez-vous asservir votre espérance austère ?

De vos fiers devanciers suivez l'exemple austère.

Si plus d'un a laissé, pour guider votre essor,

Un lumineux sillon au-dessus de la terre,

Craignez que de l'esprit le regard ne s'altère.

Que votre âme n'abdique, ou ne se trouve encor

Indigne d'aspirer au sublime trésor.

S'il le faut, pour gagner un semblable trésor,

Laissez tremper vos fronts dans cette neige austère

Dont les abords du mont se cuirassent encor.

Aux pointes des rochers suspendant votre essor,

Que l'onde des torrents seule vous désaltère.

Ce qu'il faut, avant tout, c'est l'oubli de la terre.

Car la terre est stérile, et le plus beau trésor

Qu'elle ait encor promis à la pensée austère

N'est qu'un bruit dont bientôt doit s'altérer l'essor.