Sextine viii.

By Ferdinand Gramont

Written 1872-01-01 - 1872-01-01

Oui, j'aimais dans les bois à retrouver ma trace.

Je voyais, repassant par le même chemin,

Les saisons de plus près m'y découvrir leur face.

Les arbres et les fleurs dont je savais la place

Semblaient me reconnaître et me dire : A demain.

Le sol prenait pour moi quelque chose d'humain.

O nature, toujours si douce au cœur humain,

De quels moments bénis tu me gardes la trace !

Mais parle-moi d'hier ; que m'importe demain !

Bien des fois tu m'as vu parcourir ce chemin ;

Bien des fois je me suis assis à cette place,

T'écoutant me parler ainsi que face à face.

Entretien bienfaisant ! L'ombre que sur ma face

Avait fait s'amasser le froissement humain

S'éclaircissait ; bientôt je sentais à la place

S'imprimer ton sourire en lumineuse trace.

Insoucieux du but, Je suivais mon chemin.

Ce jour me suffisait et j'oubliais demain.

Menace plus souvent qu'espérance, demain

C'est le spectre importun dont la douteuse face,

Oscillant au milieu des rêves du chemin,

Aux vulgaires ennuis rappelle l'être humain.

Ah ! plutôt, hors du monde encor sur votre trace,

Souvenirs vagabonds, souffrez que je me place !

Je l'avais bien compris, c'était ici ma place.

Ces grands bois qui toujours ont même lendemain,

Ces sentiers où les pas ne laissent qu'une trace

Insensible, cet air qui vous souffle à la face

Son arôme épuré de tout miasme humain,

Voilà ce qui m'eût fait un facile chemin.

Il a fallu pourtant le quitter ce chemin,

Vivre dépaysé, triste, hors de ma place,

Souffrir incessamment du voisinage humain

Tel qu'en nos jours il est, en pensant que demain

J'aurais mêmes ennuis, mêmes dégoûts en face,

Sans pouvoir retourner à mon ancienne trace.

O trace misérable, obscur et dur chemin

Où, la face vieillie, un sort jaloux me place,

Puisse demain finir cet exil inhumain !