Si vous l'aviez voulu

By Henriette Hervé

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

Si vous l'aviez voulu nous pouvions être heureux.

Nous pouvions, à la vie accordant notre rêve,

Fouler le sol ingrat mais contempler les cieux

En suivant enlacés le chemin qui s'achève.

Nous n'aurions pas tenté d'atteindre à la splendeur

D'un impossible accord entre nos destinées,

Mais nous connaîtrions l'entente de nos cœurs

Et la profonde paix de l'âme abandonnée.

Nous oublierions notre âge et que nos pieds sont las

D'avoir, dans les ronciers et les dures épines,

Trop longtemps cheminé pour gravir la colline…

L'amour, à tout jamais, allègerait nos pas.

Ensemble nous irions. Nos cours, fervent et sages,

Ménageant un bonheur si longtemps attendu,

Ne se blesseraient pas à scruter nos visages,

Contents de la douceur d'être enfin confondus.

Dites, est-il trop tard ?… La route monte encore

Mais nous serait meilleure au revers du coteau…

Le soleil qui décline a des rayons plus chauds

Et les feux du couchant sont plus beaux que l'aurore !

Venez… Sur votre épaule appuyez mon front lourd,

Appuyez votre bras aux courbes de ma taille,

Et que toute parole inutile défaille

Quand vos yeux plongeront dans mes yeux, mon amour…

Et nous parviendrions au terme de la route

Dans la sérénité d'un soir sans lendemains,

Nous étant affranchis des craintes et des doutes

Et du tourment passé rien qu'en joignant nos mains.

Aussi, quand nous verrions les ifs du cimetière

Profiler près de nous leurs ombres funéraires,

Tranquilles, nous irions nous étendre au tombeau,

Car la mort ne serait que le champ du repos.