S’il faut de la Mousse au Sillon

By Charles-Théophile Feret

Written 1912-01-01 - 1912-01-01

Dame ou Soubrette de jadis

Qui s’allait baigner aux étuves,

Avant de se tremper aux cuves,

Se faisait plumer la perdrix,

(J’entends l’oiselle de Cypris),

Pourvu que le nid en fût sec,

Car dans la mousse blonde ou brune

L’oiseau, quand l’ordonne la lune,

Casse un œuf, et mouille son bec

D’eau plus rousse que le Robec.

Sur l’herbe noire ou sur le foin,

Au crû de la dernière tonte,

La chemise trousse la honte

Ou l’orgueil, sous le rire en coin

Du joyeux barbier de maujoinct.

L’huis non troué par le cousin

Ferme à secret ses grosses lèvres,

Tandis que de béantes Bièvres

Étendent jusqu’au trou voisin

L’ourlet d’un rire sarrasin.

Dans les couvents un fer cruel

Dévaste la nuque à l’Épouse ;

S’il fauche aussi l’autre pelouse,

C’est qu’on est moins jaloux au ciel

Des mains du barbier que du poil.

Dame ! Il tient chaud ; dans un lit froid

Il sert de manchon à la nonne ;

La main s’égare, et puis s’étonne

Arrêtée au petit endroit

Du grand bien né d’un petit doigt.

Au harem, le Mamamouchi

Qui fait aux chats fourrés la guerre

Lève la toile à la moukère,

Et pour le Pacha la blanchit…

Ou bien pour le godemichy.

L’art grec n’a pas, — religieux — ,

D’un sexe béant qui pantelle

Blessé le flanc des immortelles.

Humains, il soustrait à nos yeux

Le sillon creusé pour les dieux.

Des bords du féminin palus

Il élague le beau feuillage ;

Un peu d’algue à son coquillage

A Vénus ne rappelle plus

Qu’elle est née aux flots chevelus.

Maître Gautier en a gémi,

Qui voit sur la touffe embrasée

De Cypris, la tête frisée

D’un Cupidon fauve, parmi

L’or clair de sa mère endormi.

Mais Vénus est morte, et Byblis !

Vains regrets d’un flocon de laine

A des hanches, même d’Hélène,

Puisque ne hantent plus nos lits

Berthe au grand pied, Biétrix, Allis.

Ce n’est pas moi qu’on a volé

Sur l’airain, la toile, ou le Pare ;

Mon hamadryade se pare

D’une toison d’or crespelé,

Souvent à ma barbe emmêlé.

Seul fut déçu Pygmalion,

Qui, forant sa Nymphe sculptée,

N’avait pas feutré Galatée.

Mais d’un frottis de vermillon

Il mit de la mousse au sillon.