Silence

By Théodore Banville

Written 1878-01-01 - 1878-01-01

Pour baiser la prairie et le ruisseau dormant

Qui déroule ses moires,

Un beau rayon frileux glisse furtivement

Parmi les branches noires.

Les fleurs veulent fêter le jour qui nous est cher.

Parmi les vertes mousses

Leur corolle s'entr'ouvre au milieu de l'hiver

Sous des haleines douces.

Oh ! que la terre en deuil retrouve son trésor !

Et tienne sa promesse,

Puisque tes vieux enfants s'éblouissent encor

De ta chère jeunesse !

Tant que tu nous souris, ô regard adoré

Où le nôtre se plonge,

Nous n'avons pas vécu, nous n'avons pas pleuré,

Le reste n'est que songe.

Tant que nous te pressons dans nos bras tour à tour,

Notre âme au loin s'élance,

Et nous oublions tout le reste, ivres d'amour,

De joie et de silence !