Sites urbains

By Paul Verlaine

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

Prisonnier dans Paris pour beaucoup trop de causes

Par ces temps chauds, je me console avec les choses

Qui sont à ma portée et ne coûtent pas trop,

Par exemple la rue où j'habite… trop haut,

Et son spectacle primitif, en quelque sorte,

Grâce à la bonhomie évidente qu'apporte

La pauvreté des gens à celle des voisins

Dans les rapports quotidiens qui font cousins.

À droite, à gauche, vont s'échevelant des squares

Au vent quand même septembral, et des bagarres

De feuilles en déroute imitent les vols fous

D'oiseaux qui seraient plats et verts aux reflets roux,

S'agitant au-dessus des disputes point graves

D'ouvriers un peu gris, que le vin bleu rend braves

À l'excès, s'il s'agit d'un mot pris dé travers.

Moi, je fume ma pipe et compose des vers,

Bonhomme, en jouissant de ces sites bonhomme,

Et quand tombe la nuit, je m'endors vite ; et comme

Je rêvasse toujours, je rêve à des vers mieux,

Bien mieux que ceux de tout à l'heure, vers, grands Dieux

Pathétiques, profonds, clairs telle l'eau de roche,

Sans rien en eux qui bronche ou seulement qui cloche ;

Des vers à faire un jour mon renom sans pareil

— Et dont je ne sais plus un mot à mon réveil.