Soir d'honfleur

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1910-01-01 - 1910-01-01

Ronfleur attend"de tous ses phares

Les bateaux qui peuvent venir.

Dans le port, barques et gabares

Craquent sans jamais en finir.

Un peu de tempête est au large,

Un peu d'inquiétude ici.

Ceux qui sont loin, la mer les charge

Le vent tord leur hunier roussi.

Mais ils rentreront sans naufrages

Vers les phares à l'œil ouvert.

Ce n'est pas de ces grandes rages

Où plus d'une barque se perd.

Laissons se serrer nos poitrines

Un tantinet, nous qui veillons.

Tendons l'oreille aux voix marines

Qui chuchotent par millions.

Il fait bon être sous la lampe,

Quand le flot danse à l'horizon.

On met la paume sur la tempe,

On se sent bien dans la maison.

Alors de très vieilles histoires,

Comme de naïfs revenants,

Passent tout au fond des mémoires,

Vaisseaux-fantômes surprenants.

Ah ! que le jeu sombre des lames

Répond bien au cœur doux-amer !

Un peu de risque sur la mer,

Un peu de tourment dans les âmes.

Oui, que notre logis chenu

Frissonne au plus noir de ses aître

Nous aimons que, dans nos fenêtre

Tout l'infini soit contenu…

Honfleur attend de tous ses phares

Les bateaux qui peuvent venir.

Dans le port, barques et gabares

Craquent sans jamais en finir.