Solitude
Written 1887-01-01 - 1926-01-01
Et voilà que tes yeux profonds se sont fermés.
Mais ton âme où vivaient les sages d'Hellénie
Garde toujours dans une éternelle harmonie
Les poètes pareils à des dieux bien-aimés.
Vision immobile et pourtant si rapide
De cette chambre au bord du fleuve. O souvenir
Du soleil éclatant dans le matin limpide !
Je sens la peur de ces heures gui vont venir !
Nous sommes entourés pendant les nuits tremblantes
De silences aigus et de blancheurs d'effrois,
Toi les yeux agrandis et les prunelles lentes,
Moi tressaillant au rêve éloigné de ta voix.
L'angoisse de la mort prochaine est comme un songe
Où le délire a mis de subites clartés :
Tu vois venir sur la lumière qui s'allonge
Tant d'autres jours muets, obscurs, épouvantés !
Toute la vie expire à travers ma pensée •
Devant les longs regards de tes grandes douleurs ;
La révélation du mystère des pleurs
Retient une douceur d'espérance effacée.
Le silence des yeux s'anime alors de jour
Et de la peur de voir les formes disparaître :
Tu sentis tout cela soudain et que peut-être
Tu mourais pour avoir ressuscité l'Amour.
Mais au cri de mon nom sur tes lèvres puissantes
Quel effroi prophétique a rempli de terreur
Ton esprit agité par des choses vivantes,
Et combien de regrets s'arrêtent dans ton cœur !
Pleure, toi qui connais la tristesse infinie !
Dans la gloire du rêve à jamais disparu
Je suis venu vers toi comme tu l'as voulu,
Je me suis étendu sur ton lit d'agonie.
Et je comprends auprès de toi, sur tes linceuls,
Qu'autour de nous la vie humaine se recule,
Et que tous deux, mort et vivant, nous sommes seuls
Dans ce dernier isolement du crépuscule.