Sonnet d’automne

By Charles Baudelaire

Written 1861-01-01 - 1861-01-01

Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal :

« Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon mérite ? »

— Sois charmante et tais-toi ! Mon cœur, que tout irrite,

Excepté la candeur de l’antique animal,

Ne veut pas te montrer son secret infernal,

Berceuse dont la main aux longs sommeils m’invite !

Ni sa noire légende avec la flamme écrite.

Je hais la passion et l’esprit me fait mal !

Aimons-nous doucement. L’Amour dans sa guérite,

Ténébreux, embusqué, bande son arc fatal.

Je connais les engins de son vieil arsenal :

Crime, horreur et folie ! — Ô pâle marguerite !

Comme moi n’es-tu pas un soleil automnal,

Ô ma si blanche, ô ma si froide Marguerite ?