Sonnet iv

By Théophile Gautier

Written 1833-01-01 - 1833-01-01

Lorsque je vous dépeins cet amour sans mélange,

Cet amour à la fois ardent, grave et jaloux,

Que maintenant je porte au fond du cœur pour vous,

Et dont je me raillais jadis, ô mon jeune ange,

Rien de ce que je dis ne vous paraît étrange,

Rien n'allume en vos yeux un éclair de courroux ;

Vous dirigez vers moi vos regards longs et doux,

Votre pâleur nacrée en incarnat se change.

Il est vrai, — dans la mienne, en la forçant un peu,

Je puis emprisonner votre main blanche et frêle,

Et baiser votre front si pur sous la dentelle :

Mais — ce n'est pas assez pour un amour de feu ;

Non, ce n'est pas assez de souffrir qu'on vous aime,

Ma belle paresseuse, il faut aimer vous-même.