Sonnet orgueilleux

By Jean Richepin

Written 1881-01-01 - 1881-01-01

De son propre malheur l’homme est toujours complice.

La vie est un combat, et parmi ces essaims

De soldats, de bandits, de traîtres, d’assassins,

Tant pis pour qui va nu ! Que le sort s’accomplisse !

Il faut se cuirasser, et que toute arme glisse

Sur le fer qu’on se plaque à même les deux seins.

Chacun doit se forger sa cuirasse, et les saints,

Comme ils n’ont pas d’acier, se bardent d’un cilice.

Moi, pour mieux tenir tête à tous coupe-jarrets,

J’endosse le cilice et la cuirasse après,

Et je mets au défi, mort-Dieu ! qu’on m’assassine.

Ma cuirasse est de pur orgueil, et sans un trou.

Les crins de mon cilice ont pris en moi racine.

Vous qui voulez percer mon cœur, cherchez par où !