Sonnet sur la mort d'une de mes parentes

By Nicolas Boileau-Despréaux

Written 1654-01-01 - 1705-01-01

Parmi les doux transports d'une amitié fidèle,

Je voyais près d'Iris couler mes heureux jours :

Iris, que j'aime encore, et que j'aimai toujours,

Brûlait des mêmes feux dont je brûlais pour elle ;

Quand, par l'ordre du ciel, une fièvre cruelle

M'enleva cet objet de mes tendres amours ;

Et, de tous mes plaisirs interrompant le cours,

Me laissa de regrets une suite éternelle.

Ah ! qu'un si rude coup étonna mes esprits !

Que je versai de pleurs ! que je poussai de cris !

De combien de douleurs ma douleur fut suivie !

Iris, tu fus alors moins à plaindre que moi ;

Et, bien qu'un triste sort t'ait fait perdre la vie,

Hélas ! en te perdant j'ai perdu plus que toi.