Sonnet watteau

By Jean Richepin

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Celle-là ne connaît ni jeûnes ni vigiles.

Elle est sur l'herbe, auprès des débris d'un festin.

Son nez moqueur a l'air de narguer le destin.

Elle épluche des fruits avec ses doigts agiles.

Au loin vogue un bateau dont les agrès fragiles

Tendent dans le ciel bleu des voiles de satin.

C'est lui qui va mener au pays clandestin

La troupe d'Arlequins, de Bergers et de Gilles.

A quoi songe la belle enfant aux doigts rosés ?

Sur sa bouche rieuse où chantent des baisers

Elle écrase les sœurs de ses lèvres, les fraises ;

Et dans son blanc peignoir fleuri de falbalas,

Elle ressemble au beau nuage plein de braises

Qui monte de Cythère, à l'horizon, là-bas.