Sonnet

By Gabriel Trarieux

Written 1891-01-01 - 1891-01-01

J'avais rêvé d'amours voluptueux et rudes,

De ces amours de chair qui brûlent et qui font

Se tordre les lions au fond des solitudes

Et les grands cerfs brâmer d'angoisse au bois profond ;

J'avais rêvé d'amours éphémères, de fièvres

Liant l'homme à la femme à l'instant du désir,

Mais mortes aussitôt que sont sèches les lèvres

Et ne survivant pas à l'éclair du plaisir.

Or, me voici muré pour toujours dans le cloître

D’un Amour idéal, en qui, seule, peut croître

La blanche fleur d'un Rêve aussi chaste qu’un lys ;

Et je brûle mon cœur d'un feu lent, comme un cierge,

Aux yeux désespérément calmes d'une Vierge

Que pas même un mirage, un frisson n'a pâlis !