Sonnet

By Renée Vivien

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

Parle-moi, de ta voix pareille à l’eau courante,

Lorsque en moi s’est lassé le souffle des aveux.

Dis-moi des mots railleurs et cruels si tu veux,

Mais enveloppe-moi de la phrase enivrante.

De ce timbre voilé qui m’attriste et m’enchante,

Lorsque mon front s’égare en tes vagues cheveux,

Exprime tes espoirs, tes regrets et tes vœux,

Ô mon harmonieuse et musicale amante !

Et je t’écouterai comme on écoute un chant,

Sans presque te comprendre et sans rêver… cherchant

Sinon le frais oubli, du moins la somnolence.

Car si tu t’arrêtais, ne fût-ce qu’un moment,

J’entendrais… : j’entendrais au profond du silence

Quelque chose d’affreux qui pleure horriblement.