Souvenir

By Georges Fourest

Written 1909-01-01 - 1909-01-01

Quand j’étais tout petit, nous dînions chez ma tante,

le jeudi soir ; papa la jugeait dégoûtante

à cause d’un lupus qui lui mangeait le nez :

ce m’est un souvenir si doux que ces dîners !

Après le pot-au-feu, la bonne, Marguerite,

apportait le gigot avec la pomme frite

classique et c’était bon ! je ne vous dis que ça !

Chacun jetait son os à la chienne Aïssa,

Moi, ce que j’aimais bien c’est andouille de Vire ;

je contemplais (ainsi que Lamartine Elvire)

sur mon assiette à fleurs les gros morceaux de lard,

et je roulais des yeux béats de papelard

et ma tante disait : « Mange donc, niguedouille ! »…

ô Seigneur, bénissez ma tante et son andouille !