Souvenir

By Charles Grandsard

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Quand je veux retremper mon âme endolorie,

Quand le flot des douleurs monte et va me noyer,

Que, sous le poids des maux dont souffre la patrie,

Je me sens faiblir et ployer,

Je pense à toi, ma forte Alsace, au cœur si brave,

Au front toujours si fier sous le joug écrasant ;

Et je me sens renaître ; et de nouveau je brave

Les amertumes du présent !

Quand je soupçonne, avec une indicible transe,

Que le patriotisme en moi semble baisser,

Que dans mon cœur, auprès de l'amour de la France,

Un autre amour vient se glisser,

Je pense encore à toi, que brûle au fond de l'âme

De cet amour sacré la généreuse ardeur ;

Et la mienne, soudain, réchauffée à ta flamme,

Chasse une honteuse tiédeur !

Quand l'aspect du présent contriste ma pensée,

Et me fait renier l'espoir de meilleurs jours,

Quand la divine foi, dans mon âme affaissée,

Semble s'éteindre pour toujours,

Je pense encore à toi, qui poursuis sans relâche

Quelques lueurs d'espoir dans l'ombre du tombeau ;

Et la foi, dissipant le doute bas et lâche,

En moi rallume son flambeau !

Ainsi, le souvenir de ta mâle vaillance

Est pour moi comme un baume,, une forte liqueur

Que j'aime à savourer aux jours de défaillance,

Pour me réconforter le cœur !

Si la France oubliait jamais ton héroïsme,

Et ta fidélité dans ses jours de douleurs,

Elle mériterait, par un tel égoïsme,

L'excès même de ses malheurs !

Si le Dieu juste et bon trompait ton espérance,

Et dans ton âme.ardente à jamais refoulait

Ton Vœu de revenir au giron de la France,

Il ne serait plus ce qu'il est !