Stances

By Nicolas Boileau-Despréaux

Written 1664-01-01 - 1704-01-01

En vain mille jaloux esprits,

Molière, osent avec mépris

Censurer ton plus bel ouvrage ;

Sa charmante naïveté

S'en va pour jamais d'âge en âge

Divertir la postérité.

Que tu ris agréablement !

Que tu badines savamment !

Celui qui sut vaincre Numance,

Qui mit Carthage sous sa loi,

Jadis sous le nom de Térence

Sut-il mieux badiner que toi ?

Ta Muse, avec utilité,

Dit plaisamment la vérité ;

Chacun profite à ton école ;

Tout en est beau, tout en est bon,

Et ta plus burlesque parole

Est souvent un docte sermon.

Laisse gronder tes envieux :

Ils ont beau crier en tous lieux,

Qu'en vain tu charmes le vulgaire,

Que tes vers n'ont rien de plaisant ;

Si tu savais un peu moins plaire,

Tu ne leur déplairais pas tant.