Stances à Buloz

By Alfred de Musset

Written 1857-01-01 - 1857-01-01

Buloz, ma dernière heure est-elle donc venue ?

Dois-je enfin vous compter parmi mes ennemis ?

N’est-il donc rien d’humain au fond d’une revue ?

Et toute charité vous est-elle inconnue,

Vous qui disiez jadis être de mes amis,

De demander des vers que je vous ai promis ?

Vous ne savez donc pas dans quelle conjoncture

Phébus vient, sous vos traits, me pousser un cartel ?

O Dieu, sans mon respect pour la législature,

Si le gouvernement et la littérature

Reconnaissaient encor quelqu’un dans ce vieux ciel,

J’invoquerais un Dieu si je savais lequel !

Rimer, ô mon ami ! vous voulez que je rime !

Vous, à votre âge, un homme à qui j’ai cru la main,

Sinon pleine d’écus, pure de sang humain !

Vous qu’on voit en public feindre l’horreur du crime,

Vous que Brindeau conseille et Sainte-Beuve estime

M’enjoindre de rimer du jour au lendemain !