Stances à Madame Ristori
Written 1857-01-01 - 1857-01-01
Pour Pauline et Rachel, j'ai chanté l'Espérance,
Et pour la Malibran je me suis attristé.
Grâce à toi, j'aurai vu, dans leur toute-puissance,
La Force unie à la Beauté.
Conserve-les longtemps ; celui qui t'en supplie
A l'appel du génie eut le cœur toujours prompt.
Rapporte en souriant, dans ta belle Italie,
Une fleur de France à ton front.
Quelqu'un m'avait bien dit, revenant de voyage,
Que nous autres Français nous ne connaissions rien,
Qu'il t'avait par hasard entendue au passage,
Et gardait dans son cœur un cri parti du tien.
Quelqu'un m'avait bien dit que, malgré la misère,
La peur, l'oppression, l'orgueil humilié,
D'un grand peuple vaincu le genou jusqu'à terre
N'avait pas encore plié ;
Que ces dieux de porphyre et de marbre et d'albâtre,
Dont le monde romain autrefois fut peuplé,
Étaient vivants encore, et que dans un théâtre,
Une statue antique, un soir, avait parlé…