Stances de m. charles nodier

By Alfred de Musset

Written 1852-01-01 - 1852-01-01

J'ai lu la vive Odyssée

Cadencée,

J'ai lu tes sonnets aussi,

Dieu merci !

Pour loi seul l'aimable Muse

Qui t'amuse,

Réserve encor des chansons

Aux doux sons.

Par le faux goût exilée

El. voilée,

Elle va dans ton réduit

Chaque nuit.

Là, penchée à ton oreille.

Qui s'éveille,

Elle te berce aux concerts

Des beaux vers.

Elle sait les harmonies

Des Génies,

Et les contes favoris

Des Péris,

Les jeux, les danses légères

Des bergères,

El les récits gracieux

Des aïeux.

Puis, elle se trouve heureuse,

L'amoureuse,

De prolonger son séjour

Jusqu'au jour.

Quand, du haut d'un char d'opale,

L'Aube pâle

Chasse les chœurs clandestins

Des lutins,

Si l'Aurore mal apprise

L'a surprise,

Peureuse, elle part sans bruit,

Et s'enfuit,

En exhalant dans l'espace

Qui s'efface,

Le soupir mélodieux

Des adieux.

Fuis, fuis le pays morose

De la prose,

Ses journaux et ses romans

Assommants.

Fuis l'altière période

A la mode,

Et l'ennui des sots discours

Longs ou courts.

Fuis les grammes et les mètres

De nos maîtres,

Jurés-experts en argot

Visigoth.

Fuis la loi des pédagogues

Froids et rogues,

Qui soumettraient tes appas

Au compas.

Mais reviens à la vesprée,

Peu parée,

Bercer encor ton ami

Endormi.