Stances galantes

By Jean-Baptiste Poquelin

Written 1672-01-01 - 1672-01-01

Souffrez qu'Amour cette nuit vous réveille ;

Par mes soupirs laissez-vous enflâmer ;

Vous dormez trop, adorable merveille,

Car c'est dormir que de ne point aimer.

Ne craignez rien ; dans l'Amoureux Empire

Le mal n'est pas si grand que l'on le fait,

Et, lors qu'on aime et que le cœur soupire,

Son propre mal souvent le satisfait.

Le mal d'aimer, c'est de le vouloir taire ;

Pour l'éviter, parlez en ma faveur ;

Amour le veut, n'en faites point mystère,

Mais vous tremblez, et ce Dieu vous fait peur.

Peut-on souffrir une plus douce peine,

Peut-on subir une plus douce loy

Qu'estant des cœurs l'unique Souveraine

Dessus le vostre Amour agisse en Roy ?

Rendez-vous donc, ô divine Amarante ;

Soumettez-vous aux volontez d'Amour ;

Aimez, pendant que vous estes charmante,

Car le Temps passe et n'a point de retour.