Statue

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1918-01-01 - 1918-01-01

A la meute qui me harcèle,

Aux aboyeurs par milliers

Je réponds : « Je ne suis pas celle

Que vous croyez, que vous croyez ! »

Non. je ne suis pas de ta race,

Vile humanité qui m'en veux

De chanter le mieux que je peux.

Va ! Glapis ! Je ne suis pas lasse.

Je te donnerai mon trésor,

Ne pouvant le donner à d'autres.

Malgré la haine où tu te vautres,

Je serai grande après ma mort.

Parfois une pauvre réponse

Monte à moi de la profondeur

De l'abîme où mon pas s'enfonce,

Et cela suffit à mon cœur.

Car je n'ai pas soif de justice.

Je chante parce qu'il le faut.

Je chanterai toujours plus haut,

Loin du mesquin et du factice.

A d'autres l'encens et le nard !

Vous m'aurez bien mal accueillie ;

Mais la gerbe que j'ai cueillie,

Vous la respirerez plus tard.

Lorsque enfin je me serai tue,

Plus de meute et plus de holà !

Qu'alors s'élève ma statue

Pour vous dire : « Elle n'est plus là… »