Steam-boat

By Tristan Corbière

Written 1873-01-01 - 1873-01-01

En fumée elle est donc chassée

L'éternité, la traversée

Qui fit de Vous ma sœur d'un jour,

Ma sœur d'amour !…

Là-bas : cette mer incolore

Où ce qui fut Toi flotte encore.

Ici : la terre, ton écueil.

Tertre de deuil !

On t'espère là… Va légère !

Qui te bercera, Passagère…

O passagère de mon cœur,

Ton remorqueur !…

Quel ménélas, sur son rivage,

Fait le pied ?… — Va, j'ai ton sillage…

J'ai, — quand il est là voir venir, —

Ton souvenir !

Il n'aura pas, lui, ma Peureuse,

Les sauts de ta gorge houleuse !…

Tes sourcils salés de poudrain

Pendant un grain !

Il ne t'aura pas : effrontée !

Par tes cheveux au vent fouettée !…

Ni, durant les longs quarts de nuit,

Ton doux ennui…

Ni ma poésie où : — Posée,

Tu seras la mouette blessée,

Et moi le flot qu'elle rasa …

Et cætera.

— Le large, bête sans limite,

Me paraîtra bien grand, Petite,

Sans Toi !… Rien n'est plus l'horizon

Qu'une cloison.

Qu'elle va me sembler étroite !

Tout seul, la boîte à deux !… la boîte

Où nous n'avions qu'un oreiller

Pour sommeiller.

Déjà le soleil se fait sombre

Qui ne balance plus ton ombre,

Et la houle a fait un grand pli…

— Comme l'oubli ! —

Ainsi déchantait sa fortune,

En vigie, au sec, dans la hune.

Par un soir frais, vers le matin,

Un pilotin.