Strabisme

By Georges Camuset

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

J’ai toujours fortement goûté la beauté louche.

Des axes visuels l’imperturbable écart

Met un pouvoir étrange en son vague regard :

Même en s’humanisant il reste encor farouche.

Comme pour démentir les aveux de la bouche,

L’œil boudeur se détourne et, nous poussant à bout,

Semble tout refuser quand l’autre accorde tout.

Inquiet, l’amant cherche un accent qui le touche.

Danaé, ton coup d’œil va troubler à la fois

Ceux du parterre et ceux du paradis. — Je crois

Que je vais formuler un vœu très égoïste.

Je voudrais — cache au moins ce sourire moqueur —

Être galant autant que je suis oculiste

Pour fixer, à moi seul, ton regard et ton cœur.