Strophes estivales
Written 1901-01-01 - 1901-01-01
Je veux aller là-bas, je veux aller très loin,
Dans la campagne où l'air garde le goût du foin,
A travers les grands prés où sont les marguerites
Qui balancent au vent le sommeil des bourdons,
Où sont les vols, les cris, où sont tous les fredons
Et les grillons discrets crissant leurs menus rites…
Je veux aller là-bas, je veux aller très loin,
Dans la campagne où l'air garde le goût du foin.
Je veux aller là-bas où sont les chansons bleues
Que la mer à la grève apporte de cent lieues,
Au bord du flot tranquille où l'on puise en chemin,
Parmi les cailloux durs et les roches cabrées
Que monte chaque soir la fureur des marées,
Un peu d'immensité dans le creux de la main…
Je veux aller là-bas où sont les chansons bleues
Que la mer à la grève apporte de cent lieues.
Je veux aller là-bas sous les arbres géants
Où semble haleter la voix des océans
Et qui laissent tomber sur le sourd de la mousse
Comme des gouttes d'eau leurs pétales muets,
tandis que leurs oiseaux ont des hymnes fluets
En l'honneur du ciel pur et de la brise douce…
Je veux aller là-bas sous les arbres géants
Où semble haleter la voix des océans.
Je veux aller partout où vont les folles courses,
Cueillir toutes le fleurs et rire dans les sources,
Suivre tous les sentiers, chanter tous les refrains,
Et, pour te réciter ma laude quotidienne,
Et pour t'adorer toute, ô nature païenne,
Seule, le cœur en joie et les cheveux aux reins,
Je veux aller partout où vont les folles courses,
Cueillir toutes les fleurs et rire dans les sources !