Stuggle for life

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

Sous le frôlement doux des iris violets,

Le chaume rit, peuplé par les gais triolets

Des pigeons amoureux abattus dans sa paille.

Voici venir l'instant de la grande ripaille,

Et tous les animaux, au soleil, attroupés,

Attendent à la place ordinaire, campés

Qui sur le fumier, qui sous la porte normande,

En foule bigarrée, inquiète et gourmande.

Et lorsque la fermière arrive, relevant

Son tablier rempli de grain, la coiffe au vent,

Tous l'entourent, criant, volant, remplis de haine

L'un pour l'autre ; et bientôt les gros pourceaux sans gène

Bousculent du grouin la volaille, éveillant

Un émoi d'un instant dans le fouillis grouillant.

Mais vite l'on revient au grain. Inassouvie,

Chaque bête soutient sa lutte pour la vie,

Et tant pis pour le faible : on lui marche dessus !

Les gros dindons ventrus, imposants et cossus,

Les pigeons blancs du toit, les oiseaux du ciel même,

La troupe accourt, s'empresse, approche, se parsème

Et, de l'endroit où gît l'amas des grains dorés,

On n'aperçoit plus rien que des dos affairés.

Les voraces canards, d'allure disloquée,

Fouillent le tas épais d'une brusque becquée,

Et, tout en s'étouffant la panse, par surcroît

Allongent de grands coups aux poules. Comme un roi,

La crête reluisante et la queue en panache,

Le coq, dressant sa tête avec un air bravache,

Répond par un appel roulant et guttural

Si, dans le bruit que fait cet émoi général,

Il reconnaît le cri d'une poule offusquée.

Et pendant que, pillant la pitance attaquée,

Les bêtes au soleil achèvent leur repas,

La fermière, proprette et ronde, à petits pas

S'en retourne à travers la rustique avenue,

Calme et sans se presser, comme elle était venue.