Sur la beigne

By Charles Le Goffic

Written 1914-01-01 - 1914-01-01

Nous sommes partis ce matin,

Sans savoir où, pédétentin,

Au diable !

J’en étais moi-même effaré,

Tant la route avait un air e-

ffroyable !

Des flaques, de la boue, et puis

Un ciel noirâtre comme un puits

De mine,

Ce ciel mi-breton, mi-normand,

Qui fait perpétuellement

La mine.

Ajoutez, surcroît de malheur,

Nous crachant au visage leur

Décharge,

Sur nos côtés, sur nos devants,

Le tourbillon des âpres vents

Du large !

Mais, si noir, si triste et si laid

Que fût le chemin, il fallait

Voir comme

Nous étions, quoique fatigués,

Gais, très gais, énormément gais

En somme !

Nanette a des goûts vagabonds.

Qui la poussent par sauts et bonds,

Sans crainte

Que son pied ne heurte un caillou

Qui l’érafle, qui l’éraille ou

L’éreinte.

Moi-même j’ai, pour ces jours-là,

Outre mon béret de gala.

Des bottes,

Qui ne m’abandonnent jamais

Dans le cours sinueux de mes

Ribotes.

Or, tandis que nous dévalons

Par les taillis et les vallons

Que baigne,

Jusqu’à son prochain confluent.

De son flot visqueux et gluant,

La Beigne,

Nous faisons, comme des marmots,

Des phrases sans queue et des mots

Sans tête,

Moi, lui disant : « Turlututu ! »

Elle, me répondant : « Que tu

Es bête ! »

Ainsi vont nos pas imprudents.

Qu’importe qu’on patauge dans

La boue ?

Quand on a le cœur plein d’azur.

Qu’importe un soufflet du vent sur

La joue ?