Sur la Grève

By Armand Renaud

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

Oh ! comme dans les nœuds du lien le plus fort

La fatalité s'insinue !

lis ne songeaient qu'à vivre, à s'aimer, quand la mort,

Qu'on n'attendait pas, est venue.

Elle est venue, a fait son choix, a pris l'amant.

L'a touché du bout de son aile

Et, pendant qu'il buvait l'ivresse éperdument,

L'a plongé dans l'ombre éternelle.

Tous deux à l'aventure avaient pris le chemin

Des pays brumeux et barbares.

Portant un peu de joie au triste genre humain.

Avec leurs chants et leurs guitares.

Mais lui, loin du soleil, le froid l'avait brisé.

Tellement qu'elle, la pauvre âme.

Épiant son regard sur elle encor posé,

Le vit passer comme une flamme.

Dès lors, en souvenir du sanglot de l'adieu.

Elle n'eut plus qu'une pensée :

Au doux pays natal, selon son plus cher vœu.

Rendre sa dépouille glacée.

Et ce fut le plus long, le plus dur des combats

Pour le triomphe de son rêve,

Jusqu'au jour où l'aimé put reposer là-bas,

A l'ombre d'un pin sur la grève.

Et maintenant, la nuit, quand le golfe s'endort

Étoile comme une dentelle.

Les mains pleines de fleurs, elle va près du mort

Pour lui danser la tarentelle.