Sur le vœu de louis xiii
Written 1775-01-01 - 1775-01-01
Du Roi des rois la voix puissante
S'est fait entendre dans ces lieux,
L'or brille, la toile est vivante,
Le marbre s'anime à mes yeux.
Prêtresses de ce sanctuaire,
La Paix, la Piété sincère,
La Foi, souveraine des rois,
Du Très Haut filles immortelles,
Rassemblent en foule autour d'elles
Les Arts animés par leurs voix.
O Vierges, compagnes des justes,
Je vois deux héros prosternés
Dépouiller leurs bandeaux augustes
Par vos mains tant de fois ornés.
Mais quelle puissance céleste
Imprime sur leur front modeste
Cette suprême majesté,
Terrible et sacré caractère
Dans qui l'œil étonné révère
Les traits de la Divinité ?
L'un voua ces fameux portiques ;
Son fils vient de les élever.
Oh ! que de projets héroïques
Seul il est digne d'achever !
C'est lui, c'est ce sage intrépide
Qui triompha du sort perfide
Contre sa vertu conjuré :
Et de la discorde étouffée
Vint dresser un nouveau trophée
Sur l'autel qu'il a consacré.
Telle autrefois la cité sainte
Vit le plus sage des mortels
Du Dieu qu'enferma son enceinte
Dresser les superbes autels ;
Sa main, redoutable et chérie,
Loin de sa paisible patrie
Écartait les troubles affreux ;
Et son autorité tranquille
Sur un peuple à lui seul docile
Faisait luire des jours heureux.
O toi, cher à notre mémoire,
Puisque Louis te doit le jour,
Descends du pur sein de la gloire,
Des bons rois éternel séjour ;
Revois les rivages illustres
Où ton fils depuis tant de lustres
Porte ton sceptre dans ses mains ;
Reconnais-le aux vertus suprêmes
Qui ceignent de cent diadèmes
Son front respectable aux humains.
Viens : la Chicane insinuante,
Le Duel armé par l'Affront,
La Révolte pâle et sanglante,
Ici ne lèvent plus le front.
Tu vis leur cohorte effrénée
De leur haleine empoisonnée
Souffler leur rage sur tes lis ;
Leurs dents, leurs flèches, sont brisées,
Et sur leurs têtes écrasées
Marche ton invincible fils.
Viens sous cette voûte nouvelle,
De l'art ouvrage précieux ;
Là brûle, allumé par son zèle,
L'encens que tu promis aux cieux.
Offre au Dieu que son cœur révère
Ses vœux ardents, sa foi sincère,
Humble tribut de piété.
Voilà les dons que tu demandes :
Grand Dieu ! ce sont là les offrandes
Que tu reçois dans ta bonté.
Les rois sont les vives images
Du Dieu qu'ils doivent honorer.
Tous lui consacrent des hommages ;
Combien peu savent l'adorer !
Dans une offrande fastueuse
Souvent leur piété pompeuse
Au ciel est un objet d'horreur ;
Sur l'autel que l'Orgueil lui dresse
Je vois une main vengeresse
Montrer l'arrêt de sa fureur.
Heureux le roi que la couronne
N'éblouit point de sa splendeur ;
Qui, fidèle au Dieu qui la donne,
Ose être humble dans sa grandeur
Qui, donnant aux rois des exemples,
Au Seigneur élève des temples,
Des asiles aux malheureux :
Dont la clairvoyante justice
Démêle et confond l'artifice
De l'hypocrite ténébreux !
Assise avec lui sur le trône,
La Sagesse est son ferme appui.
Si la Fortune l'abandonne,
Le Seigneur est toujours à lui :
Ses vertus seront couronnées
D'une longue suite d'années,
Trop courte encore à nos souhaits ;
Et l'Abondance dans ses villes
Fera germer ses dons fertiles,
Cueillis par les mains de la Paix.
Toi qui formas Louis de tes mains salutaires,
Pour augmenter ta gloire, et pour combler nos vœux,
Grand Dieu, qu'il soit encor l'appui de nos neveux,
Comme il fut celui de nos pères !