Sur l'Eau

By Léonise Valois

Written 1910-01-01 - 1910-01-01

Le blanc bateau voguait sur le fleuve royal,

Gracieux comme un cygne,

Sa coque si jolie au mouvement égal

Bravait l'onde maligne.

Vers l'horizon lointain, l'astre d'or avait fui,

Jetant ses diaprures

Sur les plaines, les monts à l'aspect infini,

Dans toutes les ramures.

La pénombre déjà, sur le flot en éveil

Répandait son mystère,

La nature semblait préparer son sommeil

En disant sa prière.

Dans l'abîme entr'ouvert, il me semblait entendre

La Sirène du Mal,

Ses appels séduisants, sa voix qui se fait tendre,

Son triomphe final.

Oui, le cœur sans appui roulant dans le noir gouffre

Périrait sûrement,

Si Dieu n'était pas là près de l'âme qui souffre

Pour l'aider doucement.

Puis je pensais encore : Et notre volonté,

Quelle est donc sa faiblesse ?

Quand il s'agit de l'âme et de l'éternité

Plus grande est sa détresse !

O Dieu ! délivrez-nous du péril qui fascine,

De ses appâts trompeurs,

Et sauvez du naufrage à votre voix divine

Nos âmes et nos cœurs !