Sur un Portrait.

By Isaac Benserade

Written 1697-01-01 - 1697-01-01

FLATTEUR, qui sans affection

Charme la douleur qui me tuë ;

Ingénieux trompeur qui, décevant ma veuë,

Satisfais à ma passion ;

Aimable entretien de ma flâme,

Ombre du soleil de mes yeux

Et de la vérité qui plaît seule à mon âme,

Mensonge industrieux ;

Imaginaire Déité

À qui je rends de vrais hommages,

Beaux rayons dérobez du plus beau des visages

Que l’art ait jamais inventé !

Muet témoin de ma constance,

À qui je me plains chaque jour,

Astre, qui dans la nuit de ma cruelle absence

Éclaires mon amour.

Quoique vos attraits décevans

Soient peints d’une main secondée

De l’art et des efforts d’une puissante idée,

Olympe a des yeux plus sçavans.

Le temps a droit de faire outrage,

À tout ce que l’art peut tracer ;

Mais, quand ses doux regards impriment son visage,

Rien ne peut l’effacer.