Sur un reliquaire

By Paul Verlaine

Written 1888-01-01 - 1888-01-01

SEUL bijou de ma pauvreté.

Ton mince argent, ta perle fausse

(En tout quatre francs) ont tenté

Quelqu’un dont l’esprit ne se hausse,

Parmi ces paysans cafards,

A vous dégoûter d’être au monde.

– Tas d’Onans et de Putiphars ! –

Que juste au niveau de l’immonde,

Et le Témoin, et le Gardien,

Le Grain d’une poussière illustre,

Un ami du mien et du tien

Crispe sur lui sa main de rustre !

Est-ce simplement un voleur,

Ou s’il se guinde au sacrilège ?

Bah ! ces rustiques-lis ! Mais leur

Gros laid vice que rien n’allège,

Ne connaît rien que de brutal

Et ne s’est jamais douté d’une

Ame immortelle. Du métal,

C’est tout ce qu’il voit dans la lune ;

Tout ce qu’il voit dans le soleil,

C’est foin épais et fumier dense,

Et quand éclot le jour vermeil,

Il suppute timbre et quittance,

Hypothèque, gens mis dedans,

Placements, la dot de la fille,

Crédits ouverts à cieux battants

Et l’usure au bout qui mordille !

Donc, vol, oui, sacrilège, non.

Mais le fait monstrueux existe,

Et pour cet ouvrage sans nom

Mon âme est immensément triste.

O ! pour lui ramener la paix,

Daignez, vous, grand saint Benoît Labre,

Écouter les vœux que je fais

Peur que ma foi ne se délabre

En voyant ce crime impuni

Rester inutile ! O la Grâce,

Implorez-la sur l’homme, et ni

L’homme ni moi n’oublierons. Grâce !

Grâce pour le pauvre larron

Inconscient du péché pire !

Intercédez, ô bon patron,

Et qu’enfin le bon Dieu l’inspire,

Que de ce débris de ce corps

Exalté par la pénitence

Sorte une vertu de remords,

Et que l’exquis conseil le tance

Et lui montre toute l’horreur

Du vol et de ce vol impie

Avec la torpeur et l’erreur

D’un passé qu’il faut qu’il expie.

Qu’il s’émeuve à ce double objet

Et tremblant au son du tonnerre

Respecte ce qu’il outrageait

En attendant qu’il le vénère.

Et que cette conversion

L’amène à la foi de ses pères

D’avant la Révolution.

Ma Foi, dis-le-moi, tu l’espères ?

Ma foi, celle du charbonnier,

Ainsi la veux-je, et la souhaite

Au possesseur, croyons dernier,

De la sainte petite boîte.