Sympathie astrale

By Louis Dantin

Written 1932-01-01 - 1932-01-01

Comme des astres seuls dans les éthers sans fin,

Suivant l'orbe cruel dont la loi les captive,

Rose, nos coeurs erraient par la route pensive

Où vont les coeurs amis qui se cherchent en vain.

Comme des astres seuls que leur flamme consume,

Et qui, dans l'infini, mélancoliquement

Dispersent les rayons où saigne leur tourment

Sans que pour leur sourire aucun reflet s'allume ;

Rose, nos coeurs erraient, de rêves lacérés,

Et parmi la gaieté de la tourbe qui passe,

Nous mourions de marcher isolés dans l'espace

Et du regret latent de nous être ignorés.

Mais un jour, j'ai senti frémir au loin ta plainte ;

Ta lueur a percé, rapide, mon exil,

Et dans mon être, ému d'un effluve subtil,

Chaque atome a vibré sous l'attraction sainte.

Nous nous sommes aimés sans nous connaître encor,

Et sans que le baiser eût fiancé nos lèvres

Nos âmes se donnaient en d'électriques fièvres

Et nos jeunes désirs chantaient des hymnes d'or.

Trop loin pour que nos yeux fondissent leurs prunelles,

Nous mirions nos pensers comme des cristaux purs,

Extasiés de voir dans nos rêves obscurs

S'allumer le flambeau des amours éternelles.

Mais déjà, sans pitié, dans notre âpre chemin

L'inflexible Destin nous entraînait plus vite :

Et nous suivions chacun notre fatal orbite,

Comme des astres seuls dans les éthers sans fin…