Symphonie en vert mineur
Written 1885-01-01 - 1885-01-01
L'alme fragilité des nonchaloirs impies
A reflété les souvenirs glauques d'Éros ;
La ligne a trop de feu des marbres de Paros,
Trop d'ombre l'axe des sorcières accroupies.
Le symbole est venu. Très hilares, d'abord,
Ont été les clameurs des brises démodées.
Tristes, aussi, leurs attitudes, tant ridées
Par la volonté rude et l'incessant effort.
Nous avons revisé pourtant : l'azur est rose ;
Depuis qu'il n'est plus bleu, nous voulons qu'il soit vert.
Je fermerai le Tabernacle, encor ouvert,
En modulant l'Ennui de mon âme morose.
Si l'âcre désir s'en alla,
C'est que la porte était ouverte.
Ah ! verte, verte, combien verte,
Était mon âme, ce jour-là !
C'était, — on eût dit, — une absinthe,
Prise, — il semblait, — en un café,
Par un Mage très échauffé,
En l'Honneur de la Vierge sainte.
C'était un vert glougloutement
Dans un fossé de Normandie,
C'était les yeux verts d'Abadie
Qu'on a traité si durement.
C'était la voix verte d'un orgue,
Agonisant sur le pavé ;
Un petit enfant conservé
Dans de l'eau très verte, à la Morgue.
Ah ! comme vite s'en alla,
Par la porte, à peine entr'ouverte,
Mon âme effroyablement verte,
Dans l'azur vert de ce jour-là !
Les Taenias
Que tu nias,
Traîtreusement s'en sont allés.
Dans la pénombre,
Ma clameur sombre
A fait fleurir des azalées.
Pendant les nuits,
Mes longs ennuis
Brillent ainsi qu'un flambeau clair.
De cette perte
Mon âme est verte ;
C'est moi qui suis le solitaire !
Dans les roseaux
Du bord des eaux,
Dans les sentiers
Verts d'Églantiers,
Nous nous laisserons mourir,
Puisque tout va refleurir !
Pour calmer les ruts bavards,
Oh ! cueillons les nénufars !
Endormons-nous !
Les blancs genoux
Nous les laissons
Aux polissons !
Point d'impudeurs !
Fi des verdeurs !
Tout sera bien
S'il n'est plus rien.
Car le temps est arrivé
Où le Blanc, seul, est sauvé !