Symphonie fantastique
Written 1918-01-01 - 1918-01-01
Ne craint-il pas, ce chef, la mesure qu'il bat,
Lorsque Berlioz se déchaîne,
Alors que la musique invisible et prochaine
Ouvre le génial sabbat ?
Ce n'était d'abord rien que des notes câlines,
Des rêves, des bergers, un bal.
La valse démodée enflait les crinolines,
Mais le bal va tourner au hideux carnaval.
Marche au supplice, éclate ! Et que la voix des cloches
Soudain scande un dies irae !
Nous sentons se lever des fantômes si proches
Qu'ils frôlent notre cœur serré.
Nous écoutons, raillé, déformé par les cuivres
« Dies iræ dies illa… »
Au secours ! Devant nous, démons, chimères, guivres
Sautillent dans les flammes, là !
Arrêtez, violons !… Vos danses aigrelettes
Font s'entrechoquer nos genoux
Voulez-vous qu'à la fin s'échappent les squelettes
Que nous cachons au fond de nous ?
Berlioz leur fait signe : « Entrez donc dans la danse !
Débarrassez-vous de vos peaux !
Venez ça prendre part à l'infernale transe
Et sauter avec les suppôts ! »
‒ Non ! Non !… Que le silence advienne et nous rassure !
Cesse de leur donner le ton !
Chef, ô maître sorcier, prince de la mesure,
Laisse retomber ton bâton !