Tableau xi

By Évariste Parny

Written 1775-01-01 - 1806-01-01

Le ciel est pur, mais sans lumière ;

L'ombre enveloppe l'hémisphère.

Myrtis, égaré dans les bois,

Trouble en vain leur vaste silence ;

L'écho seul répond à sa voix.

Du rendez-vous l'heure s'avance ;

Adieu l'amoureuse espérance,

Adieu tous les baisers promis.

« Des nuits malfaisante déesse,

Disait-il, je hais ta tristesse ;

Je hais tes voiles ennemis. »

Il parle encore, et l'immortelle,

Comme Vénus riante et belle,

Se présente à ses yeux surpris.

Recouverts de crêpes humides,

Son char et ses coursiers rapides

De l'ébène offrent la couleur.

A l'entour voltigent les Songes,

Les Spectres et les vains Mensonges,

Fils du Sommeil et de l'Erreur.

De son trône elle est descendue.

Le berger se trouble à sa vue,

Et la crainte saisit son cœur ;

Mais la déesse avec douceur,

« Jeune imprudent, je te pardonne.

Je ferai plus ; oui, mon secours

Est souvent utile aux Amours.

Que veux-tu ? parle, je l'ordonne. »,

Myrtis, que charme sa beauté,

Garde le silence et l'admire ;

L'immortelle par un sourire

Enhardit sa timidité.

Elle a déposé sur la terre

Le pâle flambeau qui l'éclaire.

A ses cheveux bruns et tressés

Des pavots sont entrelacés ;

Une légère draperie,

Noire et d'étoiles enrichie,

Trahit l'albâtre de son corps,

Et de l'amour les deux trésors.

Sur l'herbe s'assied la déesse ;

Le berger s'y place à son tour.

Il voit et baise avec ivresse

Des charmes inconnus au jour.

Un feu renaissant le dévore. "

Encore, disait-il, encore.

Que nos plaisirs soient éternels ! »

Elle sourit, et de l'Aurore

Le retard surprit les mortels.