Tableau xv

By Évariste Parny

Written 1775-01-01 - 1806-01-01

Dans l'onde fraîche une bergère

Se baignait durant la chaleur.

Sur le rivage solitaire

Myrtis passe ; au cri de frayeur

Il répond avec un sourire :

« Ne craignez rien : sous ces berceaux,

Sage et discret, je me retire.

Mais quand vous sortirez des eaux,

Je vous habillerai moi-même.

— Sois généreux, jeune Myrtis,

Et n'emporte pas mes habits,

Peut-être la Nymphe qui t'aime

Saura te » Discours superflus !

Le berger ne l'entendait plus.

De l'onde elle sort, et tremblante

Elle arrive sous le bosquet.

Malgré sa prière touchante,

Myrtis poursuit son doux projet.

En plaçant la courte tunique

Sur ce corps de rose et de lis,

Il touche une gorge élastique

Et d'autres charmes arrondis ;

Sa main rattache la ceinture,

Trop haut d'abord et puis trop bas :

La bergère en riant murmure,

Et cependant ne l'instruit pas.

A son humide chevelure

On rend le feston de bluets

Qui toujours forme sa parure.

Les brodequins viennent après :

Long-temps incertaine et craintive,

Elle rougit, enfin s'assied,

A Myrtis présente son pied,

Et sa rougeur devient plus vive.

Dans ce moment heureux, Phébus

Était au haut de sa carrière ;

Le jour finit', et la bergère

Avait encore les pieds nus.