Tableau xxviii
Written 1775-01-01 - 1806-01-01
Le sombre Pluton sur la terre
Était monté furtivement.
De quelque Nymphe solitaire
Il méditait l'enlèvement.
De loin le suivait son épouse :
Son indifférence est jalouse.
Sa main encor cueillait la fleur
Qui jadis causa son malheur :
Il renaissait dans sa pensée.
Myrtis passe : il voit ses attraits,
Et la couronne de cyprès
A ses cheveux entrelacée.
Il se prosterne ; d'une main
Elle fait un signe ; et soudain
Remonte sur son char d'ébène.
Près d'elle est assis le berger.
Les coursiers noirs d'un saut léger
Ont déjà traversé la plaine.
Ils volent ; des sentiers déserts
Les conduisent dans les enfers.
Du Slyx ils franchissent les ondes :
Caron murmurait vainement ;
Et Cerbère sans aboîment
Ouvrait ses trois gueules profondes,
Le berger ne voit point Minos,
Du Destin l'urne redoutable,
D'Alecton le fouet implacable,
Ni l'affreux ciseau d'Alropos.
Avec prudence Proserpine
Le conduit dans un lieu secret,
Où Pluton, admis à regret,
Partage sa couche divine.
Myrtis baise ses blanches mains :
La presse d'une voix émue,
Et la déesse demi-nue
Se penche sur de noirs coussins.
Elle craint un époux barbare :
Le berger quitte le Tartare.
Par de longs sentiers ténébreux
Il remonte et sa main profane
Ouvre la porte diaphane
D'où sortent les Songes heureux.
Morphée a touché sa paupière ;
Elle dort sous l'ombrage frais.
Des Zéphyrs l'aile familière
Dévoile ses charmes secrets.
Myrtis vient, ô douce surprise !
« Hier, au temple de Vénus,
Dit-il, j'ai fléchi ses refus :
Dérobons la faveur promise…
Non, je respecte son sommeil ;
J'aurai le baiser du réveil. »
Il voit un bouquet auprès d'elle ;
Des roses il prend la plus belle ;
Avec adresse, avec lenteur,
Sa main la place sur l'ébène,
Et sa bouche baise la fleur.
Il s'éloigne alors, non sans peine,
Et se cache dans un buisson,
D'où sort un léger papillon.
L'insecte léger voit la rose,
Un moment sur elle se pose,
Puis s'envole, et fuit sans retour.
Myrtis dit tout bas : « C'est l'Amour. "