Tendresse

By Anna Noailles

Written 1913-01-01 - 1913-01-01

J'écoute près de toi la musique, et je vois

Ta bouche et ton regard respirer à la fois ;

Nous sentons notre vie abonder côte à côte :

Ce que la destinée apporte ou ce qu'elle ôte

Ne peut plus nous toucher ; nous sommes accomplis

Comme deux morts anciens dans l'ombre ensevelis,

Et qui, rigides, font un infini voyage…

Il me suffit de voir scintiller ton visage

Pour déguster la paix du milieu de l'été.

— Désir immaculé, passion innocente :

T'absorber par le cœur, sans que le corps ressente

Aucune humaine volupté !