Tes cheveux

By Maurice Bouchor

Written 1876-01-01 - 1876-01-01

Défais tes cheveux, que l'on voie

Avec mille reflets de soie

Ondoyer leur flot qui descend,

Comme un soleil dorant les nues,

Sur tes blanches épaules nues

Et sur ton dos éblouissant.

N'y laisse pas mordre ton peigne ;

Que le flot t'enlace et te baigne,

Et s'il te noie, eh bien, tant pis !

Permets à cette étrange houle

Qu'elle s'enroule et se déroule

Et ruisselle jusqu'au tapis.

Demeure immobile, statue

D'une chevelure vêtue :

Que ne puis-je, ivre de désirs,

Parmi l'or de tes folles boucles

Faire flamber les escarboucles

Et miroiter l'eau des saphirs !

Que tes cheveux versent de joie,

Et quelle lumière flamboie

Aux yeux éblouis et grisés !

Qu'ils sont fins, subtils et folâtres,

Comme la cendre autour de l'âtre

Fuyant au souffle des baisers !

Laisse mes doigts nerveux les tordre,

Ma bouche à belles dents les mordre !

Et si, lasse d'amour, tu veux

Que notre extase enfin s'achève,

Tu peux m'embaumer en plein rêve

Dans le linceul de tes cheveux.